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Interview de Henri Souchon, prêtre : “Je suis un homme comblé…”

30 Jul 2010

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“Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie. Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service. Je servis et je compris que le service est joie.” Cette citation de Rabindranath Tagore résume bien les 58 années de service du père Henri Souchon au sein de l’Église catholique.

C’est à l’âge de 86 ans que celui-ci a décidé de prendre sa retraite. A partir du 23 août, il résidera dans la maison du Cardinal Jean Margéot, à Bonne-Terre. Cet homme qui respire la joie de vivre a bien voulu répondre à quelques questions du Matinal à la cure de l’église de l’Immaculée Conception.

Pourquoi avez-vous décidé de prendre votre retraite à l’âge de 86 ans ?

Généralement on prend sa retraite à 60 ans mais moi j’ai décidé de la prendre 26 ans après. La raison principale de mon départ est principalement ma santé fragile.

Je souffre de problèmes cardiaques, ce qui ne me permet pas d’exercer facilement. Ma santé s’est détériorée et Mgr Maurice Piat m’a conseillé de prendre ma retraite dans la maison du défunt Cardinal Jean Margéot.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Je suis né le 4 mai 1924 à Curepipe. J’ai fait mes études secondaires au Collège Royal de Curepipe. Pendant la guerre, je me suis engagé à la RAF (Royal Air Force), à Nairobi où se trouvait l’aviation anglaise et j’y ai fait quatre mois car la guerre était finie.

Après cela, je suis retourné à l’île Maurice où j’ai travaillé en tant qu’Assistant Supervisor à l’usine de Sans-Souci. On m’a, par la suite proposé une bourse pour des études d’avocat à Londres. Et c’est là, en 24 heures que j’ai dû choisir entre le droit à Londres ou la théologie à Rome.

J’ai donc choisi les études à Rome où j’ai passé 7 longues années à l’Université, réunissant des jeunes de tous les coins du monde, et où tous les cours étaient en latin. J’y ai fait mes études tertiaires là bas pendant 7 ans sans revenir à Maurice et sans aucun coup de fil.

Je suis retourné à Maurice le 12 avril 1952. J’ai exercé pendant 4 ans à l’Immaculée, puis 13 ans à la paroisse de Notre Dame de Lourdes à Rose-Hill avec Mgr Margéot.

Pour finir je me suis installé à la paroisse de l’Immaculée Conception jusqu’à 2010.

Comment avez-vous discerné cet appel à la prêtrise ?

J’ai eu devant moi, l’exemple de Mgr Margéot qui a réuni autour de lui un groupe de jeunes qui se sont fait ordonner prêtre. Et je suis parmi ces jeunes.

Quel a été votre plus beau souvenir en tant que prêtre ?

Mon plus beau souvenir en tant que prêtre a été celui de la manifestation devant le Parlement pour la liberté du journalisme et les quelques heures passées en prison avec mes amis journalistes.

Comment expliquez-vous que le fait de se retrouver entre quatre murs dans une prison soit un beau souvenir ?

C’est le fait de se retrouver tous ensemble avec eux…

Quel a été votre mauvais souvenir en tant que prêtre ?

Je n’ai eu que des joies… Ce que je fais me passionne énormément et je peux dire que je suis un homme comblé. De plus, je n’ai jamais pris de congé depuis une bonne vingtaine d’années. Mon travail est déjà un congé pour moi.

Pensez-vous qu’il y a une pénurie de prêtres à l’île Maurice ?

Le sacerdoce est en crise actuellement et à l’île Maurice c’est dramatique. Ce blocage est surtout dû au fait que les jeunes Mauriciens se sont fait prêtres pour d’autres raisons que celle de servir Dieu. La pénurie de prêtres est un sujet inquiétant.

Que comptez-vous faire maintenant que vous allez prendre votre retraite ?

J’ai la chance d’aller dans la maison de Mgr Margéot afin de me reposer. Puis j’ai d’autres projets en tête mais j’attends encore un peu.

Je vais continuer à travailler car mon dévouement à la cause du Seigneur ne s’arrête pas là. Mon rôle a toujours été au service des autres. Je me suis toujours intéressé aux chrétiens comme à mes frères hindous et musulmans.Mon rôle a été celui de proclamer la justice et de servir les plus pauvres.

En sus de cela, j’ai l’intention de travailler avec les jeunes. Je veux aussi créer un profil “Facebook” afin d’être plus près d’eux.

On vous a souvent qualifié d’ami des clochards. Comment expliquez-vous cette appellation ?

Tous les dimanches, entre 16 h et 20 h, je passe mon temps auprès de mes amis les clochards, le temps d’un dîner au Centre social Marie Reine de la Paix. Ils sont environ 200 à venir pour me rencontrer et prendre un repas.

Êtes-vous triste de quitter vos paroissiens ?

Bien entendu que je suis triste… Quand je pense avoir célébré plusieurs générations de mariages, de la grand-mère, à la mère et à la petite-fille… C’est avec beaucoup de tristesse que je m’en vais.

Source: Le Matinal

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